Père Christophe Chatillon

rentrée 2016/2017- Lu dans la Tribune d’Orléans

Christophe Chatillon

Nommé vicaire épiscopal du centre-ville d’Orléans et recteur de la cathédrale Sainte-Croix, cet Orléanais de souche veut « dépasser l’esprit de chapelle ». Rencontre avec un prêtre qui souhaite faire bouger les lignes.

par Benjamin Vasset

Ce n’est pas au presbytère de la Cathédrale Sainte-Croix, mais à celui de la paroisse Saint-Paterne, en haut de la rue Bannier, qu’il a élu domicile. « Notre évêque souhaite que l’on vive en équipe », explique le nouveau recteur de la Cathédrale Sainte-Croix, nommé à ce poste honorifique en février, avant de prendre ses fonctions le 18 septembre dernier. « Je n’ai pas trouvé d’arguments qui m’ont permis de refuser cette nomination », sourit celui qui a pris la succession de Claude Girault, parti à La Ferté Saint-Aubin, et dont le ministère aura indéniablement marqué les esprits. « Je connais bien Claude, avec qui j’étais en formation au séminaire, et auquel j’ai déjà succédé à Beaugency. Il a touché des gens qui étaient en marge », conçoit Christophe Chatillon, dont le style sera différent, mais pas forcément moins iconoclaste. Garçon visiblement posé et réfléchi, il admet par exemple un vrai intérêt pour le sport. « Je ne pratique plus beaucoup, s’amuse-t-il. Je suis ce que l’on appelle un sportif de canapé. Mais je suis un lecteur assidu de L’Équipe ! » C’est une métaphore footballistique qu’il emploie d’ailleurs quand il raconte la semaine où tout a basculé, quand il décida, à à peine plus de 20 ans, de mettre de côté la prépa HEC dans laquelle il était engagé pour se consacrer à Dieu. « J’étais parti en Pologne en 1991 pour voir Jean-Paul II aux Journées Mondiales de la Jeunesse, raconte-t-il. À cette époque, cela équivalait, pour moi, à aller supporter Zidane au Stade de France ! » Là-bas, il n’aperçut pas un seul instant le souverain pontife, hormis sur les grands écrans. Mais quelque chose s’était pourtant affirmé. « Ce fut un moment de fête, d’enthousiasme et d’espérance. Je me suis dit qu’en fait, je n’étais pas venu voir le pape, mais bel et bien le Christ, qui nous avait tous rassemblés ainsi. » Contrairement à Zinédine Zidane, cette fois, la décision qu’il mûrit ne fut pas prise sur un coup de tête. Des discussions contribuèrent à la fortifier, et notamment avec un jeune prêtre que Christophe Chatillon avait connu, jeune scout, à la paroisse de Saint-Laurent. Sa famille, croyante, le conforta également dans son choix. « J’avais peur de l’annoncer à mon entourage. Mais mes parents s’y attendaient. J’ai eu la chance qu’ils me soutiennent. »

Le cabinet d’expertise-comptable, tenu par son père, ne l’eut ainsi jamais comme dirigeant. À la place, il rentra donc au séminaire et partit deux ans comme coopérant en Afrique. Un voyage qui le rasséréna dans son envie « d’aller jusqu’au bout. » « J’ai pu rencontrer une autre culture et une Église plus vivante, plus festive, alors que nous étions pourtant dans le sud du Sénégal, qui était à l’époque en proie à la guerre civile. Cette expérience m’a indéniablement enrichi. Elle me permet aussi aujourd’hui de relativiser les petits soucis de clocher… »

« Profondément blessé »

C’est sans doute pour son ouverture d’esprit et son goût du dialogue que Christophe Chatillon a été nommé, l’hiver dernier, vicaire épiscopal du centre-ville d’Orléans, où il déclare vouloir dépasser « l’esprit de chapelle » et la « concurrence » qui peut parfois exister entre les paroisses. Déroulant son projet comme un élu – ce qu’il est à certains égards – il souhaite remettre l’Église sur la place du village. « Le but n’est pas de fermer des églises, dit-il, mais par rapport aux moyens qui sont les nôtres aujourd’hui, on ne peut plus tout faire. Il y a des priorités à redéfinir. J’aimerais par exemple mettre en place un lieu ouvert pour les jeunes, un autre qui pourrait être ouvert en milieu de journée, etc. Chacun a le désir de faire vivre sa paroisse, mais il est bon que l’on puisse travailler ensemble. » Pour illustrer sa réflexion, il n’hésite pas à user d’une nouvelle image particulièrement parlante, encore qu’elle fasse référence à l’âge d’or du cinéma muet : « Mon rôle, c’est de mettre de l’huile dans les rouages, comme Chaplin dans Les Temps Modernes. »

« Si l’on apprend à s’écouter… »

Sensible aux questions d’actualité, Christophe Chatillon prêche pour une Église qui ne soit pas repliée dans sa tour d’ivoire. « On n’est pas chrétien en dehors du monde », résume-t-il, lui qui a d’ailleurs continué, même après son ordination, à se pencher sur des sujets qui dépassaient la théologie pure et dure. Pendant quatre ans, il prépara ainsi une maîtrise sur la doctrine sociale de l’Église, et prend désormais partie pour une « laïcité apaisée ». L’actualité, justement, nous mène jusqu’aux événements de ces derniers mois, et à l’assassinat d’un de ses confrères, le père Hamel, à Saint-Étienne-du-Rouvray. « J’ai été profondément blessé par cet acte de barbarie que personne ne peut justifier, confie-t-il. Mais j’ai aussi trouvé beaucoup d’espérance dans les réactions qui ont suivi ce crime. J’ai reçu beaucoup de messages, et notamment des responsables de la communauté musulmane, avec qui nous avons ensuite célébré une messe en hommage au père Hamel. Ce n’était pas pour faire le buzz, cela avait juste du sens. Mais nous avons pu le faire parce que nous avions déjà construit quelque chose auparavant. »

Cet élan de rassemblement avait été organisé à Pithiviers, où Christophe Chatillon, après Saint-Marceau, Sandillon et Beaugency, répondait déjà d’un ensemble de plusieurs clochers. On doute qu’il ait eu le temps de s’ennuyer. « Le burn-out existe aussi chez les prêtres », appuie-t-il justement en répondant à une question sur la façon dont les curés peuvent se confier quand ils vont un peu moins bien. « Notre évêque est sensible à ce problème, et lui-même est une oreille attentive. Mais on ne peut pas tout lui dire, parce que, quand même, il reste le boss ! Les lieux de parole, c’est vrai, ne sont pas toujours évidents. Pour ma part, la famille, où je peux lâcher certaines choses, est très importante. » Les amitiés entretenues avec d’autres prêtres peuvent également s’avérer d’excellents réceptacles pour y verser ses doutes ou ses moments de faiblesse, car il y en a, évidemment. « Il ne faut pas nous idéaliser, abonde-t-il. On a les mêmes soucis humains, on « manage » parfois des équipes où des tensions existent, et que nous nous devons de pacifier. Notre ministère ne fait pas abstraction des difficultés. L’Église, ce n’est pas un monde de Bisounours… »

Aux visages velus de ces héros de dessin animé, le nouveau recteur de la cathédrale Sainte-Croix cite aussi des figures plus familières à la communauté chrétienne, comme celle du pape François – « il revient à des valeurs universelles en lançant des messages de paix » – ou celle de Sœur Emmanuelle, qui l’aura profondément imprégné. « Heureux » dans ses fonctions, il essaye chaque jour, dit-il, de vivre un « cœur à cœur » avec Celui en qui il croit. Et tire ainsi de cette relation spirituelle une devise qui, pour simplissime qu’elle fût, n’en est pas moins dénuée de bon sens : « Quand j’enlève tout ce qui ne va pas, ça va plutôt bien… » Ainsi soit-il.

  • CV

    1er /11/1970 : naissance à Orléans

    1999 : ordonné prêtre

    2016 : nommé recteur de la cathédrale et vicaire épiscopal pour le centre-ville